samedi 19 septembre 2015

Le Point BD #2




Les Nombrils T.7 Un bonheur presque parfait 
de Delaf & Dubuc
Dupuis - sept 2015
9782800163536
[Attention, il s'agit du septième tome, il y a donc un risque ahurissant de spoiler ! Vous êtes prévenus !]

Les Nombrils et moi avons dû nous rencontrer quelques temps après la parution du premier tome (en 2006 apparemment) grâce à la blogbdéiste Laurel qui en parlait avec un enthousiasme non dissimulé. Comme il faut avouer que je n'y connaissais pas grand chose en BD à l'époque, je me suis jetée dessus sans vraiment réfléchir (je fais ça souvent). Et il faut avouer qu'au début, ça cassait pas trois pattes à un canard. Une planche = un gag, drôle certes mais franchement pas hyper subtile et recherché. Mais je ne sais pas pourquoi, ça a dû me plaire quand même, puisque j'ai continué à acheter tous les tomes, un par un, à chaque sortie. Et si les Nombrils ne grandissent pas et continuent d'arpenter les couloirs de leur lycée, les personnages évoluent, la BD aussi et le dernier tome est tout simplement extra ! Pour résumer, les Nombrils, c'est un trio de copines (toutes le nombril à l'air, TADA !) : deux méga bonnasses, Vicky et Jenny qui, dès qu'elles font un pas, sont poursuivis par une horde de lycéens en chaleur et une troisième Karine, que l'on suit particulièrement. Dans les premiers tomes, elle est clairement moche, mal dans sa peau et malmenée par les deux bimbos, mais au fil des planches, elle va s'émanciper, s'embellir, se découvrir des talents cachés (notamment pour la musique) et avoir son lot d'histoires d'amour complexes. C'est aussi elle la plus futée des trois (bon, ok, c'est pas compliqué, la pauvre Jenny a de la confiture entre les oreilles).
5/5
Après l'avoir détesté, Broco
est amoureux de la pauvre
Vicky !
Ce dernier tome continue là où s'était arrêté le sixième (d'ailleurs, un petit "Previously" n'aurai pas été de trop, j'ai dû relire le 5 et 6, je ne comprenais rien) : Vicky est enfin heureuse au bras de son prince charmant (un Ken) car elle peut prouver à ses parents et à sa grande soeur qu'elle ne vaut pas rien (ambiance), Jenny hésite entre le beau (et stupide) Jean-Franky et le gentil mais légèrement potelé Hugo et Karine se remet de ses émotions suite à la découverte de la présence d'un serial-killer (rien que ça) dans son groupe de musique et sa relation avec l'énigmatique Albin rencontre quelques difficultés. Les trois filles évoluent et deviennent de plus en plus profondes et on les apprécie de plus en plus (même la plus peste des trois, Vicky, qui lutte contre une famille dysfonctionnelle au possible, tout en souhaitant leur faire plaisir, ce qui semble impossible). Différents sujets sont abordés l'homosexualité et le fait de grandir dans un foyer qui le rejette fortement, la découverte de son moi véritable, l'importance de faire la part des choses entre ce que les autres attendent de nous et de ce que nous voulons vraiment, etc. Bref, jetez-vous sur cette BD qui peut paraître frivole, enfantine ou girly mais qui a réussi à grandir avec le temps et à ne pas figer ses héroïnes ! A lire et à relire !
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Eloge de la Névrose
de Leslie Plée
Delcourt - août 2015
9782756069302
Comme je l'ai dit dans mon Bilan #1, Leslie Plée est l'une de mes chouchoutes, je dois avoir quasi toutes ses BDs et si c'est souvent un régal, celle-ci, la dernière en date, est la meilleure pour moi. Leslie Plée n'a jamais caché être quelqu'un d'assez névrosé, avec des peurs plus ou moins irrationnelles et des petits TOCs. Dans cette BD, elle couche sur le papier, tout en douceur grâce à l'aquarelle (et qu'est ce que c'est joli !), quelques unes de ses névroses tout en les justifiant et en proposant des solutions pour mieux vivre avec (c'est à dire la plupart du temps, les accepter et ne pas vouloir aller contre ce qui est, finalement, un bon conseil, même si la majorité des psys vous diront l'inverse... Mais qui s'intéresse à ce que disent les psys, hein ? hum hum).

On retrouve donc, entre autres : le syndrome de l'adultisme (en gros la peur de grandir et le fait de ne jamais s'identifier pleinement comme adulte), le syndrome du fardeau (pour ceux qui ont une très faible estime d'eux et qui s'imaginent être un poids pour leur entourage. Voire une nuisance) ou le
5/5
Broco a annulé son rdv
chez le psy ! Youpi !
syndrome de Paris (le fait de ne pas aimer s'éloigner de son nid, de sa zone de confort, en gros, ceux qui n'aiment pas partir en voyage). Alors, je ne sais pas vous mais je me suis retrouvée dans presque tous les syndromes décrits (plus ou moins fortement) mais quand même. Ce qui a parfois donné lieu à quelques éclats de rire teintés de jaunes. Mais bon, la normalité, c'est subjectif, hein ? (rassurez moi) Tiens, d'ailleurs, la normalité est le point central de cette BD, c'est à dire, comment se positionner face à cette normalité qu'on nous impose tout autour de nous (comment ça, le sang de tes ragnagnas n'est pas bleu comme dans les pubs ?! SHAME ! comment ça, tu aimes bien rester chez toi et pas faire le tour du monde à dos d'éléphant de mer ?! SHAME !). C'est une BD feel good (comme disent les jeunes) qui vise à décomplexer le lecteur comme son illustratrice et ça fait du bien par où ça passe !
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Cigish ou le Maître du Je
de Florence Dupré la Tour
Ankama - avril 2015
9782359103809

Alors là, attention, gros COUP DE COEUR ! Je ne connaissais pas du tout Florence Dupré la Tour et n'avais jamais lu son blog mais j'ai totalement flashé sur ce bouquin quand je l'ai croisé dans une petite libraire spé BD à Montpellier (l'objet en lui-même est vraiment magnifique, du beau papier épais, une couverture agréable au toucher, un titre qui brille). Le sujet est un peu obscur et peut nécessiter de connaître un morceau de l'univers du jeu de rôle pour l'appréhender. Toutefois, je n'y connais pas grand chose moi-même (juste quelques savoirs de base, j'ai des relations bizarres ^^) et je crois avoir tout compris ! Il s'agit donc, en plus d'être un recueil de note de blog, d'une autobiographie, l'auteure, en pleine crise existentielle, nous livre ses pensées et son plan machiavélique : elle va devenir Cigish, son personnage de JDR, malfaisant et nain nécromancien de profession, et laisser Florence, la faible, la gentille, de côté.
Les premiers mots qui me sont venus pour décrire ce bouquin (et pour convaincre mon mec de le lire) étaient "génialement what ze fuck", mais comme je conçois que ce n'est pas très littéraire, ni très clair, je vais essayer de développer. Déjà, la forme est très particulière : une alternance entre des chapitres dessinés et des reproductions de commentaires publiés à l'origine sur le blog, on retrouve les trolls et les admirateurs qui font la richesse et la pauvreté du web 2.0. Les commentaires (et donc le lecteur) deviennent partie intégrante de l'histoire, c'est une mise en abîme quasi parfaite.
5/5
Broco en est resté coi

Cigish tire sur tout ce qui bouge, la religion (l'auteure semble avoir été traumatisée dans son enfance) en prend pour son grade, les défauts du monde de l'édition (Ankama compris) sont mis à nus et moqués, les lecteurs et fans se font presque insulter (mais on aime ça ^^), etc... Vous aurez compris, Florence Dupré la Tour, via son alter ego, n'hésite pas à cracher dans la soupe mais c'est tout à fait hilarant. Je peux comprendre que cette BD ne soit pas facilement accessible mais pour ceux qui s'intéressent au web, à l'édition, qui connaissent un peu les difficultés des auteurs, c'est clairement un must-have. Pour ce qui est du dessin, je l'ai trouvé magnifique par moment et bâclé à d'autre MAIS ça représente parfaitement l'ambivalence, le dédoublement de personnalité de l'auteure et tout ça rajoute à sa psyché borderline (c'est elle qui le dit). Bref, c'est une excellente lecture, qui ne laissera pas indifférent.
ankama

p.160

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