mardi 29 septembre 2015

"D'après une histoire vraie" de Delphine de Vigan



Cette lecture fut une sacrée expérience. Et écrire un article dessus ne va pas être une chose facile. Pour ne rien vous cacher, j'ai dû recommencer ce truc au moins une bonne dizaine de fois, pas parce que je n'ai pas aimé, j'ai assurément adoré mais ce ne fut pas une lecture de tout repos. Je vais essayer de m'expliquer plus clairement.

Après la parution de son dernier roman, qui a connu un succès phénoménal, la narratrice, Delphine, va connaître une période de doute, une période de forte angoisse face au curseur clignotant de sa page forte. Elle va être incapable d'écrire une seule ligne, jusqu'à en être malade à la simple évocation de l'acte d'écriture. Dès les premières pages, Delphine nous apprend que c'est sans doute en partie la rencontre avec un personnage intriguant, une femme belle, charismatique et lumineuse, L. qui a précipité et amplifié ce mal-être. S'en suis alors un ouvrage d'une rare complexité, qui mêle l'autobiographie, le thriller psychologique et l'essai, où le vrai et le faux s'entremêle pour nous laisser étourdi.

Les deux femmes, Delphine et L., se ressemblent et sont à la fois en totale opposition, l'une est assez sociable et sous les feux des projecteurs, mais défend la fiction, l'autre est "nègre", dans l'ombre, assez seule mais se bat pour une littérature du Réel, de la Vraie Vie. Plus le récit avance, plus l'influence de L. dans sa vie est présente et puissante et plus l'étau autour de Delphine se resserre. Et surtout, plus la frontière entre l'auteure Delphine de Vigan et la narratrice Delphine devient floue !

En effet, sans connaître vraiment le personnage public, on ne peut pas s'empêcher de les confondre. Des indices, des ancrages dans la réalité sont semés comme, par exemple, (attention, c'est l'instant Closer !) son compagnon dans la vraie vie, François Busnel, le présentateur de l'émission La Grande Librairie, est cité par son prénom (uniquement) et son métier y est mentionné, mais sans pourtant rentrer dans les détails. Pour ceux que l'opposition réel/fiction, Delphine/Delphine de Vigan intéresse, cet article de Rue89 est assez bien fait.


J'ai aimé découvrir des citations de Stephen King à chaque nouvelle partie. Nous y retrouvons deux romans, Misery et La Part des Ténèbres, qui place un auteur dans une situation difficile (doux euphémisme) qui découle directement de leur travail d'écriture. Je vous invite d'ailleurs à jeter un oeil à ces deux romans (et aux autres ^^) ! Et au film Misery aussi d'ailleurs, Kathy Bates y est terrifiante ! Le but ici n'est pas de mener une recherche, de construire une thèse autour du livre de Delphine de Vigan mais ces citations laissent à penser que ce bouquin se place clairement comme une fiction autour d'un auteur (comme ceux de SK donc).

Cette lecture m'a donné envie de découvrir Rien ne s'oppose à la nuit, le précédent ouvrage de DdV, j'ai regretté de ne pas l'avoir lu avant celui-ci, sans doute parce que de nombreuses références sont faites à "ce livre qui a eu beaucoup de succès" et parce que le nouveau se présente presque comme une suite, un "après" ce livre-là. Bien sûr, ce n'est pas du tout le cas, mais la comparaison est tout de même amusante.
5/5
Ah ! L'amour...

Ce livre est donc un GROS coup de coeur et une belle découverte ! Il est pose de bonnes questions autour de la littérature, de son impact, de sa place et de son rôle, il énerve et angoisse. Toutefois, un petit bémol tout à fait personnel : la narratrice m'a parfois passablement gonflé, tant par sa naïveté que par son nombrilisme et j'ai souvent refermé le bouquin un peu violemment en rageant "mais quelle idiote !", mais c'était pour mieux y revenir. C'est d'ailleurs très très très rare, alors qu'un livre et un personnage m'énerve à ce point, que je le continue et tourne la dernière page en pensant que, tout de même, c'était diablement bien !

Un bouquin brillant et complexe, tout en paradoxe.


Quelques citations
"L. était belle et les hommes la regardaient, j'essayais de capter le regard des hommes sur elle, de saisir le moment où ce regard se troublait. Je suis sensible à la beauté des femmes, je l'ai toujours été. J'aime les observer, les admirer, tenter d'imaginer quelle courbe, quel creux, quelle fossette, quel léger défaut de prononciation, quelle imperfection suscite chez elles le désir." p.37
"Bien sûr, qu'on fabrique des personnages ! Mais le plus fort, c'est qu'on les fabrique à l'insu des personnes qui les incarnent." p.61
"Est-ce que chacun de nous a ressenti cela au moins une fois dans sa vie, la tentation du saccage ? Ce vertige soudain -tout détruire, tout anéantir, tout pulvériser- parce qu'il suffirait de quelques mots bien choisis, bien affûtés, bien aiguisés, des mots venus d'on ne sait où, des mots qui blessent, qui font mouche, irrémédiables, qu'on ne peut pas effacer. Est-ce que chacun de nous a ressenti cela au moins une fois, cette rage étrange, sourde, destructrice, parce qu'il suffirait de si peu de choses, finalement, pour que tout soit dévasté ?" p.322-323
"Tu sais parfois, je me demande s'il n'y a pas quelqu'un qui prend possession de toi." p.325
"[...] C'est surtout parce que le réel a les couilles d'aller beaucoup plus loin." p.363

11 commentaires:

  1. J'ai beaucoup aimer No et moi de Delphine de Vigan, donc j'aimerais bien lire D'après une histoire vraie !

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    1. Je n'ai jamais rien lu d'autre d'elle, du coup maintenant, je fouine dans les bouquineries pour trouver les autres !

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  2. Ton billet est vachement intéressant. Ce que tu dis sur le côté "nombriliste" de la narratrice c'est ce qui m'agace le plus dans les rentrées littéraires et/ou littérature française. J'ai souvent l'impression de lire des compte-rendu de psychanalyse plus ou moins foireuses et très pessimistes. Mais ton article me donne vraiment envie de découvrir ce livre et surtout cet auteur. J'espère que tu auras l'occasion d'en lire d'autre pour nous en parler. A bientôt

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  3. Ton billet est vachement intéressant. Ce que tu dis sur le côté "nombriliste" de la narratrice c'est ce qui m'agace le plus dans les rentrées littéraires et/ou littérature française. J'ai souvent l'impression de lire des compte-rendu de psychanalyse plus ou moins foireuses et très pessimistes. Mais ton article me donne vraiment envie de découvrir ce livre et surtout cet auteur. J'espère que tu auras l'occasion d'en lire d'autre pour nous en parler. A bientôt

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    1. Oui, complétement d'accord, je lis d'ailleurs très très peu de livres de la rentrée litt française car, moi aussi ça m'agace, leur nombrilisme/introspection à deux francs et je suis d'ailleurs assez étonnée d'avoir aimé mais j'ai trouvé que ça collait bien avec le personnage et avec le récit dans le cas présent. Après, à voir si ça se retrouve dans TOUS les livres de DdV, parce que là ça pourrait devenir vraiment pénible... Je vais lire "Rien ne s'oppose à la nuit", c'est sûr, pour les autres, on verra !

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  4. J'ai adoré ce livre, très original ^^

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    1. Oui vraiment très original, que ce soit en construction, en rythme ou en thématique !

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  5. Je partage totalement ton avis ! Gros coup de cœur pour ce livre !!!
    Et je ne peux que te conseiller le précédent, il est vraiment bien ! :)

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    1. Il est en bonne position dans ma PAL ;) Je laisse passer un peu de temps pour ne pas faire une overdose du style/genre, j'aime bien alterner mais je ne l'oublie pas ! :)

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  6. Ce livre est vraiment apprécié, j'ai hâte de le découvrir à mon tour.
    Ta photo est super mignonne ^^

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    1. hihihi merci ! C'est dingue mais avec un chat, ça rend tout de suite mieux :p
      Hâte de lire ton ressenti en tout cas !

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